Une personne qui ne pense pas verbalement n’a pas de monologue interne ; quand elle lit elle n’entend pas ce qu’elle lit, si elle ne le lit pas à haute voix. (il y a, d’ailleurs, des adultes dont les lèvres bougent lors de la lecture silencieuse).

Au fur et à mesure de la lecture, la personne qui ne pense pas verbalement,  se construit une image mentale en ajoutant l’image signifiante à chaque mot rencontré. Concrètement, les mots qui désignent des objets existants dans la réalité ne lui posent pas de problème, comme « éléphant », « arbre », «voler», « sommeil », elle les connait de son expérience personnelle. Mais elle ne peut pas penser avec des mots dont elle ne peut pas visualiser le sens. Si la personne qui pense en image rencontre un tel mot, le développement progressif  de l’illustration de la phrase en train d’être lue est stoppé, ce qui déclenche le symptôme dyslexique.

Chaque fois que la personne rencontre un mot dont le sens ne correspond pas à l’image qui se forme dans son esprit, elle éprouve un sentiment de confusion. L’image commence à être incohérente. Plus elle lit, plus elle se sent perdue. Elle atteint in fine son seuil de confusion et entre dans un état de désorientation, où la perception des symboles (lettres) change et se déforme : la lecture et l’écriture deviennent impossibles. Inversement, sa potentielle capacité à visualiser des mots abstraits comme «bonheur »,  «avec », « ensuite », ouvre une richesse d’interprétation très largement supérieure à la simple pensée verbale, et peut, bien exploitée,  conduire à une lecture plus performante et rapide que la lecture classique.